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Voies vertes

La vallée des saints à Ploubezre

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Aujourd’hui, de plus en plus de personnes prennent conscience qu’avec le tout-automobile et son flux de bitume et d’hydrocarbure, la nature est en danger. De même, le nombre de ceux qui pratiquent la marche pour compenser le manque d’activité physique dans nos sociétés bureaucratiques est en pleine expansion. Ici et là naissent des clubs de randonneurs qui redonnent vie à ces anciens chemins de traverse qui sont typiques de notre région et qui constituent un patrimoine que nos enfants nous sauront gré d’avoir conservé. Prenons par exemple le premier chemin à gauche, tout près du bourg, à 500 mètres de l’église de Ploubezre en direction de Buhulien. On remarque tout d’abord à son entrée, une petite fontaine dont la commune vient d’agrémenter les abords. C’est encore aujourd’hui le rendez-vous des bouilleurs de cru et de leur alambic dont le calva a été baptisé par certains ploubezriens farceurs, dour Gwaz-Pêr, l’eau du ruisseau de Pierre. On l’appelle en breton, feunteun Gwaz Pêr, la fontaine du ruisseau de Pierre, du nom du petit cours d’eau qui coule dans une vallée verdoyante à quelques pas de là et qui prend sa source dans une zone humide plantée de peupliers en amont, de l’autre côté de la route. Lorsque l’on sait que Ploubezre signifie en breton paroisse de Pierre, on se dit que ce point d’eau fut peut-être à l’origine de la fondation de notre commune. Pierre serait donc un saint sans papiers comme tant d’autres en Bretagne qui vinrent d’outre Manche évangéliser l’Armorique.

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Entrons donc dans ce chemin creux qui démarre à la ferme du Rest dont on admirera en passant des morceaux d’architecture ancienne. Il est bordé des deux côtés de talus plantés respectivement d’un bel alignement de chênes, de hêtres et de châtaigniers. On se trouve alors dans une zone humide caractérisée par sa végétation d’herbes aquatiques. On y a même planté des gunneras géantes autour d’un petit lavoir désaffecté, ur stank da gannañ. Celui-ci est alimenté par une autre fontaine en granit dont le mince filet d’eau vient aussi grossir un peu le Gwaz-Pêr. Avant de rejoindre la petite route qui mène à Lezoregez, toujours sur la droite, on longe un joli petit bois qui sert de refuge aux oiseaux dont on apprécie les concerts en ce moment. Au passage on verra peut-être s’envoler une buse ou un faucon crécerelle qui nichent dans le secteur. La nuit, c’est le ululement des chouettes qui se fait entendre avec le babil du ruisseau. Mais on remarque aussi hélas que ce bosquet a servi de décharge. On y voit en effet, çà et là, des morceaux de ferrailles et des bouteilles. Enfin, au bout du chemin, au lieu-dit justement nommé Ti-croaz, maison de la croix, on peut admirer un superbe calvaire du XVIIIe siècle au fût élancé sur un socle de granit. Encore un témoin de notre histoire sans doute peu connu des Ploubezriens. Il gagnerait à être dégagé de la végétation qui le cache en partie.

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On pourrait dire la même chose de la petite vallée que l’on vient de longer où dominent aujourd’hui les ronces et les orties. Et alors, quand on aime la nature, on se prend à rêver surtout lorsque l’on voit ce que la ville de Lannion vient de réaliser derrière l’hôpital. Nous avons là, à quelques encablures du bourg de Ploubezre, une zone verte luxuriante qui, défrichée, pourrait constituer un superbe parcours, un lieu de promenade, un sentier pédagogique qui donneraient à l’entrée de notre commune une magnifique perspective champêtre. Mieux encore, au bas de cette petite vallée, le Gwaz Pêr change de nom. Il devient le Gwaz Elven, que l’on pourrait traduire par le ruisseau d’Elven . On aurait donc là, c’est une hypothèse, le patronyme d’un disciple du premier, venu chercher, lui aussi, la tranquillité de ce lieu paisible. Du même coup, on aurait à Ploubezre comme à Lannion un petit Trorozec et en plus, une vallée des saints et des fontaines. Voilà un projet d’avenir qui mériterait d’être considéré à un moment où l’on cherche à valoriser notre patrimoine et où l’on s’inquiète tant de mettre nos concitoyens au vert. Ce serait un moyen d’éviter plus tard de verser des larmes et s’apitoyer avec le romancier anglo-gallois Richard Llywellyn (1906-1983) en s’écriant : « Quelle était verte ma vallée ! ».

Daniel Giraudon